La langue des signes congolaise, longtemps marginalisée dans les espaces académiques et institutionnels, fait l’objet d’un plaidoyer scientifique inédit. Dans une recherche présentée à l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC), Ronsard Kasanza Kashala, consultant en communication inclusive et interprète assistant en langue des signes à l’Université Pédagogique Nationale (UPN) de Kinshasa, propose l’intégration de la langue des signes comme système de communication non verbal dans les sciences de l’information et de la communication.

L’étude souligne que, malgré l’adoption de la Loi organique n°22/003 du 3 mai 2022 sur la protection des droits des personnes handicapées et du Décret n°24/26 du 25 mars 2024 sur l’accessibilité, la mise en œuvre reste faible. Les personnes sourdes demeurent largement exclues de l’éducation, des médias, de l’administration publique et de l’enseignement supérieur.
Le chercheur insiste sur la nécessité de reconnaître la langue des signes comme :
- Un système linguistique complet, doté de sa propre grammaire et syntaxe ;
- Un objet scientifique légitime dans les sciences de la communication ;
- Un outil pédagogique transversal dans les universités ;
- Une compétence professionnelle stratégique pour les journalistes, communicateurs et institutions publiques.
Le modèle proposé repose sur trois axes : la reconnaissance académique, l’intégration pédagogique et la formation professionnelle. Il s’agit de transformer la langue des signes d’un service marginal en un instrument central de l’inclusion et de la gouvernance démocratique.
« L’inclusion n’est pas seulement une question d’interprétation, mais une réforme structurelle des systèmes de communication », conclut l’étude, qui appelle à une mobilisation des universités, des médias et des pouvoirs publics pour garantir le droit à l’information et à l’éducation des personnes sourdes en RDC.
Cette réflexion a été encadrée par le Professeur Georges Jérémie Wawa Mozanimu, qui a accompagné le travail en qualité de directeur scientifique, renforçant ainsi la légitimité académique de cette démarche.
Qui est Ronsard Kasanza Kashala ?
Ronsard Kasanza Kashala est une figure majeure de l’inclusion et de la communication en République Démocratique du Congo. Président fondateur du Réseau National des Interprètes et Communicateurs Gestuels (RIGS) ainsi que de l’ONG Millénium Afrikulture, il consacre son action à la promotion de la langue des signes et à la valorisation des talents issus de milieux vulnérables.

Avec plus de vingt ans d’expérience dans l’interprétation, l’interprétariat, l’accompagnement des personnes sourdes et la production de documents multimédias en langue des signes, il s’est imposé comme un acteur incontournable du plaidoyer pour l’accessibilité et l’inclusion en RDC.
Titulaire d’un Master en communication stratégique des organisations à l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC, ancien IFASIC), il a orienté ses recherches vers l’intégration de la langue des signes comme système scientifique et professionnel dans les sciences de l’information et de la communication.
À travers ses engagements institutionnels, académiques et associatifs, Ronsard Kasanza défend une vision claire : faire de la langue des signes un outil de citoyenneté, de culture et de gouvernance inclusive, afin que les personnes sourdes participent pleinement à la vie sociale, éducative et démocratique de la République Démocratique du Congo.