À l’occasion de la Journée mondiale du théâtre, la poétesse et scénariste Alice Sakina revient sur son parcours et livre une réflexion profonde sur la place du théâtre dans la société contemporaine.

Une vocation née d’un besoin de raconter
« Ce qui m’a conduit au théâtre, c’est d’abord le besoin impérieux de raconter des histoires avec mon corps et ma voix », explique-t-elle. Jeune, elle cherchait un espace où elle pourrait être pleinement elle-même tout en devenant mille autres. Son premier rôle marquant fut La Vierge de Selembao, une création collective qui lui a révélé que le théâtre n’est pas un simple divertissement, mais un acte social capable de réveiller les consciences.
Le théâtre, une école de rigueur et d’humilité
Pour Alice Sakina, le théâtre a façonné sa vie professionnelle et personnelle. « On ne triche pas avec le texte, on ne triche pas avec le public », affirme-t-elle. Sur le plan personnel, elle confie que le théâtre l’a « sauvée », en lui apprenant à écouter l’autre et à transformer ses vulnérabilités en forces de jeu.
Des maîtres et des modèles inspirants
Elle cite avec admiration le Professeur Nzey Van pour sa quête d’un théâtre universel et épuré, Werewere Liking pour son travail novateur en Afrique, et Mbaye Gana Kebe, immense comédien sénégalais, dont la simplicité lui a montré que « la plus grande des virtuosités » réside dans la présence.
Un art indispensable dans un monde saturé d’images
Dans une société dominée par les écrans, Alice Sakina voit le théâtre comme « le dernier rempart de la présence ». Pour elle, il n’est pas un luxe mais une nécessité vitale : « C’est un lieu où le temps est suspendu, où l’on est contraint de faire corps avec des inconnus. »

Un outil de sensibilisation et de débat
Le théâtre, selon elle, ne donne pas de leçons mais pose des questions.
« On peut entendre un chiffre sur les violences faites aux femmes, mais voir une comédienne en vivre le traumatisme sur scène, c’est un choc émotionnel qui agit directement sur notre humanité. »
Les défis du théâtre africain
Alice Sakina déplore le manque de structures adaptées, de salles de répétition et de subventions régulières. La précarité reste le quotidien des artistes, malgré un talent immense. Elle insiste aussi sur la nécessité de toucher des publics au-delà des grandes capitales.
Une méthode de travail exigeante
« Je suis un artisan du texte », dit-elle. Son approche consiste à analyser chaque mot avant de donner naissance au personnage dans son corps. « Quand je sais comment il respire, je sais comment il pense, comment il aime, comment il souffre. »
L’avenir du théâtre africain
Optimiste, elle croit que le prochain grand renouveau théâtral viendra d’Afrique. Un théâtre qui ose mêler les langues, intégrer les nouvelles technologies tout en restant fidèle à ses racines orales et rituelles. Le défi sera de structurer cette énergie pour qu’elle rayonne durablement.
Donner une voix aux jeunes talents
Pour elle, il faut créer des pépinières, multiplier les résidences d’artistes et oser une politique de diffusion audacieuse. La visibilité passe par la mobilité et par l’ouverture des scènes nationales aux jeunes compagnies.
Un message au public
En cette Journée mondiale du théâtre, Alice Sakina adresse un appel vibrant :
« Ne venez pas au théâtre pour chercher une confirmation de ce que vous savez déjà. Venez pour être dérangés, pour être surpris, pour retrouver ce que vous avez oublié. Le théâtre vous offre le luxe du temps réel, de la présence réelle. »
Une voix littéraire et scénique
Licenciée en Lettres, littérature francophone à l’Université Pédagogique Nationale, Alice Sakina est autant poétesse que scénariste. Son parcours illustre une volonté constante de faire du théâtre un espace de vérité et de transformation. Entre poésie, dramaturgie et engagement social, elle incarne une génération d’artistes qui croient que la scène n’est pas seulement un lieu de représentation, mais un lieu de résistance et de renaissance.